Le « Playbook » de la prédation industrielle étrangère
Comment les puissances étrangères ciblent notre industrie (et comment s’en défendre).

La réindustrialisation française est en marche, mais elle se déroule dans un contexte de « guerre économique » généralisée. Pour une nation ou une société étrangère, s’emparer de nos technologies ne nécessite pas toujours des méthodes illégales. Il existe un véritable « mode d’emploi » de l’ingérence économique qui exploite nos fragilités structurelles.
1. Veille et Ciblage : Identifier les « Pépites » et les Ruptures
L’objectif est de repérer les technologies critiques avant que l’État français ne les sécurise ou n’organise leur montée en échelle.
Ciblage des successions fragiles
Surveiller les ETI et PME détentrices de savoir-faire uniques dont les dirigeants ont plus de 60 ans (environ 25 % des cas). Cibler celles qui n’ont pas de repreneur familial identifié. L’absence de solution de reprise nationale facilite un rachat par des fonds étrangers, souvent qualifié de « grande braderie » de fleurons.
Tracking du financement public
Utiliser les annonces de France 2030 ou de BPIFrance comme un catalogue de cibles. Identifier les start-ups deeptech (IA, quantique, biotech) financées par l’impôt des Français mais manquant d’investisseurs privés nationaux pour le passage à l’échelle (scale-up), afin de les racheter au moment critique.
Veille sur les « projets sous les radars »
Puisque 65 % des projets innovants échappent à la puissance publique, une présence active dans les territoires (via des chambres de commerce ou des partenariats universitaires) permet de détecter ces pépites avant qu’elles ne soient labellisées « stratégiques » par le Sisse.
2. Stratégies d’Influence : Neutraliser la Protection Nationale
L’influence vise à maintenir le marché français ouvert et à affaiblir les mécanismes de défense commerciale (IE offensive).
Lobbying contre le « patriotisme économique »
Actionner des relais d’opinion pour dénoncer la « naïveté » d’une préférence européenne ou française dans la commande publique, en invoquant les règles de l’OMC ou le droit de la concurrence pour maintenir un accès libre aux 170 milliards d’euros de marchés publics annuels.
Infiltration académique et scientifique
Structurer des partenariats de recherche ou des jumelages universitaires pour « remonter les chaînes de valeur » (stratégie du « saumon sauvage »). Cela permet de capter le potentiel scientifique national dans des secteurs comme l’aérospatial, cible majeure de l’espionnage industriel.
Contournement des normes environnementales
Pratiquer le « resource shuffling » pour exporter vers la France des produits (acier, aluminium) apparemment « verts » tout en réservant les productions polluantes au marché domestique, afin de saturer le marché français et de fragiliser les industriels locaux soumis au MACF.
3. Sécurité et Ingérence : S’emparer des Actifs et des Prêts
Il s’agit ici d’utiliser les outils légaux ou de coercition pour capter la valeur immatérielle.
L’arsenalisation du droit (Lawfare)
Utiliser l’extra-territorialité des lois (comme le Cloud Act américain) pour contraindre les entreprises françaises à divulguer des données sensibles hébergées sur des serveurs étrangers. Cela crée une situation de « colonie numérique » où la souveraineté informationnelle est perdue.
Prédation capitalistique sous le seuil de contrôle
Prendre des participations inférieures au seuil de déclenchement du contrôle IEF (pour les pays tiers) ou opérer via des sociétés écrans européennes pour masquer l’origine réelle des fonds.
Captation des subventions et « Revue d’actifs »
S’implanter en France pour bénéficier des prêts bonifiés, du Crédit Impôt Recherche (CIR) ou des aides de France Relance, puis, une fois les subventions consommées, procéder à une fermeture de site pour délocaliser la production et le savoir-faire acquis grâce à l’argent public.
« Brain Drain » systématique
Recruter les ingénieurs d’excellence formés dans les grandes écoles françaises (25 % à 30 % des jeunes polytechniciens partent déjà à l’étranger) pour siphonner le capital humain sans avoir à investir dans la formation initiale.
En résumé, ce plan d’action étranger exploite le « déni » stratégique passé de l’administration française, la complexité du mille-feuille administratif territorial et le manque de fonds propres souverains pour verrouiller durablement le patrimoine industriel national.
L’apport de l’IE : Face à ces stratégies de « commando » financier, l’État stratège ne peut pas tout voir. Les cabinets IE agissent donc en complément au profit des ETI et PME. Ils leurs permettent de faire face aux multiples menaces, bien souvent invisibles, qui caractérisent aujourd’hui l’industrie.
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